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19.04.2008

Prophétie


où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois


là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux



là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,


d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes


je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.


Aimé Césaire

 

J'avoue  je connaissais  très peu Aimé Césaire .

Commentaires

Pourquoi ne pas lire son discours de la Sorbonne 1948 ?
Mmh bon choix de texte. Je pense que ce gars là avait deux visages : sa nature poétique et son abord laique.

le Belge

Ecrit par : Belgo4.0 | 19.04.2008

Une très bonne idée. On parle tellement de lui, mais je ne suis pas sur que beaucoup le connaissent (je ne le connaissait pas du tout il y a encore quelques jours).

le Chinois

Ecrit par : fcczhang | 20.04.2008

Les commentaires sont fermés.